Thérèse Raquin de Zola

A sept heures, Mme Raquin allumait le feu, mettait la lampe au milieu de la table, posait un jeu de dominos à côté, essuyait le service à thé qui se trouvait sur le buffet. A huit heures précises, le vieux Michaud et Grivet se rencontraient devant la boutique, venant l'un de la rue de Seine, l'autre de la rue Mazarine. Ils entraient, et toute la famille montait au premier étage. On s'asseyait autour de la table, on attendait Olivier Michaud et sa femme, qui arrivaient toujours en retard. Quand la réunion se trouvait au complet, Mme Raquin versait le thé, Camille vidait la boîte de dominos sur la toile cirée, chacun s'enfonçait dans son jeu. On n'entendait plus que le cliquetis des dominos. Après chaque partie, les joueurs se querellaient pendant deux ou trois minutes, puis le silence retombait, morne, coupé de bruits secs.
Thérèse jouait avec une indifférence qui irritait Camille. Elle prenait sur elle François, le gros chat tigré que Mme Raquin avait apporté de Vernon, elle le caressait d'une main, tandis qu'elle posait les dominos de l'autre. Les soirées du jeudi étaient un supplice pour elle; souvent elle se plaignait d'un malaise, d'une forte migraine, afin de ne pas jouer, de rester là oisive, à moitié endormie. Un coude sur la table, la joue appuyée sur la paume de la main, elle regardait les invités de sa tante et de son mari, elle les voyait à travers une sorte de brouillard jaune et fumeux qui sortait de la lampe. Toutes ces têtes-là l'exaspéraient. Elle allait de l'une à l'autre avec des dégoûts profonds, des irritations sourdes. Le vieux Michaud étalait une face blafarde, tachée de plaques rouges, une de ces faces mortes de vieillard tombé en enfance; Grivet avait le masque étroit, les yeux ronds, les lèvres minces d'un crétin; Olivier, dont les os perçaient les joues, portait gravement sur un corps ridicule une tête roide et insignifiante; quant à Suzanne, la femme d'Olivier, elle était tout pâle, les yeux vagues, les lèvres blanches, le visage mou. Et Thérèse ne trouvait pas un homme, pas un être vivant parmi ces créatures grotesques et sinistres avec lesquelles elle était enfermée; parfois des hallucinations la prenaient, elle se croyait enfouie au fond d'un caveau, en compagnie de cadavres mécaniques, remuant la tête, agitant les jambes et les bras, lorsqu'on tirait des ficelles. L'air épais de la salle à manger l'étouffait; le silence frissonnant, les lueurs jaunâtres de la lampe la pénétraient d'un vague effroi, d'une angoisse inexprimable.


1. L'auteur décrit la visite des amis avec
(a) précision.
(b) anticipation.
(c) indifférence.
(d) charme.

2. Thérèse n'aimait pas les soirées du jeudi parce qu'elle
(a) avait souvent mal à la tête.
(b) trouvait la compagnie exaspérante.
(c) devait prendre le chat sur ses genoux.
(d) avait sommeil.

3. Dans le texte, on peut voir que Thérèse ne s'intéresse pas aux événements parce qu'elle
(a) y participe avec indifférence.
(b) s'endort.
(c) a des difficultés à dévisager les visiteurs.
(d) s'occupe du chat.

4. Qu'est-ce que l'on peut substituer à "tandis que" qui est en bleu dans le texte?
(a) aussitôt que
(b) bien que
(c) depuis que
(d) pendant que

5. Parfois, Thérèse voyait les invités comme
(a) des malades.
(b) trop absorbés dans le jeu.
(c) agités.
(d) des morts.

6. Quel est le but principal de ce passage?
(a) De donner une description objective des soirées du jeudi.
(b) De créer un monde de cauchemar.
(c) De fournir des détails sur les amis de Mme Raquin.
(d) D'expliquer l'état d'âme de Thérèse.

7. Quelle est l'attitude de Thérèse envers les invités?
(a) C'est une attitude d'indifférence.
(b) Elle montre un dégoût profond.
(c) Elle les accepte gravement.
(d) Ils lui offrent une perspective rafraîchissante.

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